Marx et la poupée, de Maryam Madjidi

Maryam est iranienne. Ses parents communistes ont très bien compris qu’ils avaient tout intérêt à quitter leur pays, pendant les années qui suivent la révolution. Alors ils ont enterré leurs livres de Marx, Lénine et Che Guevara dans leur jardin, ils ont forcé leur fille à donner ses jouets aux gamins du quartier (ils sont communistes, après tout), et ils sont partis[1]. C’est ce récit qui est fait, et bien d’autres. L’auteure nous livre des parcelles de sa vie, des moments de tristesse, de joie et de la souffrance, aussi. Elle nous raconte l’exil, nous demande comment elle peut être chez elle, où elle peut l’être. Il y a des souvenirs, des bouts d’espoir, des réflexions, des poèmes, il y a même les contes qu’elle racontait à ses jouets, petite fille.

J’ai beaucoup aimé la réflexion sur les langues. Ma langue, c’est ma culture, c’est là d’où je viens. Mais on lui donne peut-être trop d’importance. Après tout, qu’est-ce qu’une langue qui n’appartient pas au pays où je vis ? Une langue qui ne me permet pas de me faire des amis ? Les langues s’enterrent et se déterrent, elles s’opposent l’une à l’autre, elles se battent et, peut-être, elles se réconcilient.

En lisant le titre, on pourrait s’attendre à découvrir Marx, mais c’est plutôt Khayyâm[2] qu’on rencontre.

La forme du roman m’a beaucoup plus, la liberté que Maryam Madjidi a prise pour le composer, que ce soit avec ses souvenirs, ses rêves, ses poèmes, ses réflexions, ses contes, d’enfant mais aussi en grandissant, sa vie d’étudiante, le retour en Iran… Ce choix de nous promener d’un pays à l’autre, d’une période de sa vie à une autre, aurait pu nous perdre, mais non, on suit l’auteure avec plaisir – parfois on partage sa douleur, parfois simplement on se dit qu’on ne peut pas la comprendre.

C’est un premier roman… J’étais sciée quand j’ai lu ça. C’est un superbe premier roman. Si l’envie vous vient d’en écrire d’autres, je serai ravie de retrouver cette plume. Merci.

 

Marx et la poupée, de Maryam Madjidi, édition Le Nouvel Attila

 

J’ai lu ce roman dans le cadre du Prix Ouest France Étonnants Voyageurs. Merci aux organisateurs pour cette lecture !

 

 

Note : C’est la première fois que je fais attention au dos du petit flyer plié sur la couv, et c’est la première fois que j’en vois un avec d’autres titres envisagés pour le bouquin. J’adore.

[1] Bon, c’est un peu plus compliqué que ça, mais si vous voulez savoir le reste, il faut lire le bouquin 😉

[2] Poète persan du XIVe siècle qui dit (selon un chauffeur de taxi de Téhéran) « Bois, car si tu as l’œil, tu verras que tous les chefs religieux sont des hypocrites, Hâfez, enivre-toi, sois intelligent et heureux. »

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