Transcolorado, de Catherine Gucher

Nous sommes dans le Colorado, un jeudi du début du mois d’octobre. Une fille de 35 ans s’enfile des cafés-whiskys dans le bar de Joe, qui est un peu son père. Ce jour-là, Tommy, un homme qui sort d’on ne sait où, peut-être un Apache, peut-être pas, va lui parler d’Adam et Eve. Parce que « Si Adam et Eve n’avaient pas croqué la pomme… ». Ils l’ont pourtant croquée, cette pomme.
Les humains sont sur terre, et elle aussi, qui mène sa petite vie cabossée, à boire des cafés-whiskys, à glaner les restes des champs de maïs, à donner pitié à la dame du centre social pour obtenir sa pension et à dormir dans le Transcolorado les jours où le ciel est trop bleu, quand elle a l’argent pour payer l’aller-retour. « Si Adam et Eve n’avaient pas croqué la pomme », elle ne serait pas là dans ce bar, c’est sûr (ou peut-être bien que si). Elle n’aurait peut-être pas rencontré Tommy l’Apache (ou peut-être pas Apache). Elle n’aurait jamais accepté de changer de vie, de prendre le bus pour aller quelque part et non pour revenir au point de départ. Et alors, elle n’aurait pas rencontré les Amish et le Seigneur, elle n’aurait pas découvert les tickets de la chance qui rendent riche (ou pas), elle n’aurait pas brûlé des arbres malades pendant que Tommy en replantait. Et elle n’aurait pas tenté de se débarrasser des araignées qu’elle avait dans la tête.

Ce roman est perturbant, pas tant par ce qui est raconté (une quête, une forme d’initiation et finalement le fait de grandir (oui, même à 35 ans, même deux ans plus vieille que Jésus quand il est mort, même à 35 ans, on grandit)) que par le personnage qui vit tout ça. Ce n’est pas ce qu’elle vit qui m’étonne (même s’il est clair qu’elle vit des expériences exceptionnelles) mais ce qu’elle pense de sa vie – sa psychologie. Elle voit les choses avec une simplicité extrême. Et c’est déroutant. Est-ce qu’elle est malade ? Est-ce qu’elle a une logique différente de la majorité des autres humains ? Est-ce qu’elle est idiote ? C’est très perturbant, au point de se demander si c’est bien dans cette optique-là que ce roman a été écrit : le but était-il d’explorer un personnage à la psychologie, disons, étonnante ? Parce que la psychologie du personnage a été travaillée, c’est une certitude, mais dans quel sens ?

Je serais incapable de dire si j’ai aimé ce roman. J’ai apprécié l’expérience, le fait de me mettre dans la tête de la narratrice. J’ai appris des choses sur les chevaux et les arbres, le Colorado et la couleur du ciel. J’ai bien aimé la conclusion « Alors j’ai compris qu’on ne peut jamais savoir ce qui se passe en dessous du ciel. » Mais ce n’est pas un premier roman qui me fera particulièrement attendre les prochains livres de Catherine Gucher.

Transcolorado, de Catherine Gucher, aux éditions Gaïa

 

J’ai lu ce roman dans le cadre du Prix Ouest France Etonnants Voyageurs. Merci aux organisateurs pour cette lecture !

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