Transcolorado, de Catherine Gucher

Nous sommes dans le Colorado, un jeudi du début du mois d’octobre. Une fille de 35 ans s’enfile des cafés-whiskys dans le bar de Joe, qui est un peu son père. Ce jour-là, Tommy, un homme qui sort d’on ne sait où, peut-être un Apache, peut-être pas, va lui parler d’Adam et Eve. Parce que « Si Adam et Eve n’avaient pas croqué la pomme… ». Ils l’ont pourtant croquée, cette pomme.
Les humains sont sur terre, et elle aussi, qui mène sa petite vie cabossée, à boire des cafés-whiskys, à glaner les restes des champs de maïs, à donner pitié à la dame du centre social pour obtenir sa pension et à dormir dans le Transcolorado les jours où le ciel est trop bleu, quand elle a l’argent pour payer l’aller-retour. « Si Adam et Eve n’avaient pas croqué la pomme », elle ne serait pas là dans ce bar, c’est sûr (ou peut-être bien que si). Lire la suite

Marx et la poupée, de Maryam Madjidi

Maryam est iranienne. Ses parents communistes ont très bien compris qu’ils avaient tout intérêt à quitter leur pays, pendant les années qui suivent la révolution. Alors ils ont enterré leurs livres de Marx, Lénine et Che Guevara dans leur jardin, ils ont forcé leur fille à donner ses jouets aux gamins du quartier (ils sont communistes, après tout), et ils sont partis[1]. C’est ce récit qui est fait, et bien d’autres. L’auteure nous livre des parcelles de sa vie, des moments de tristesse, de joie et de la souffrance, aussi. Elle nous raconte l’exil, nous demande comment elle peut être chez elle, où elle peut l’être. Il y a des souvenirs, des bouts d’espoir, des réflexions, des poèmes, il y a même les contes qu’elle racontait à ses jouets, petite fille. Lire la suite

Des âmes simples, de Pierre Adrian

Pierre est le curé de la vallée, à Sarrance[1] (près de Lourdes). Pendant quelques temps, le narrateur le suit, découvre les histoires qui ont forgé la vallée, les humains qui y vivent – qu’ils croient en Dieu ou non, qu’ils participent à l’entretien de l’Eglise ou soient simplement de passage, qu’ils aient besoin d’aide ou qu’ils soient purement perdus. Les gens qui ne croient plus, l’industrie du tourisme, la société de surconsommation, les occultismes[2] et les mauvais esprits, les choix économiques de la SNCF… Tout y passe ! Lire la suite

La promesse de l’aube, de Romain Gary

La promesse de l'aube - Romain GaryLa promesse de l’aube, ce n’est pas juste le récit de la jeunesse de Romain Gary. C’est avant tout l’histoire d’une relation entre une mère et son fils. C’est l’histoire de l’accomplissement (ou l’échec ^^) d’un garçon qui se doit de réaliser les rêves de sa mère, de vivre pour permettre à sa mère de s’accomplir à travers lui. Une mère qui donne corps et âme pour son enfant, qu’elle promet à un destin merveilleux (« Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d’Annunzio, Ambassadeur de France », « Tu seras Victor Hugo, Prix Nobel ! » la couleur nous est annoncée dès les premières pages, et ces exhortations se poursuivent pendant tout le roman – ceci dit, on ne peut pas vraiment donner tort à cette mère pleine d’amour pour son fils : son œuvre n’est-elle pas aujourd’hui reconnue, ses livres étudiés dans les écoles, son nom entré dans la mémoire collective ?).

Et la mère de Romain Gary, c’est un sacré caractère, un personnage second qui prend toute la place, autour duquel le roman est entièrement tourné. L’auteur aurait-il voulu faire ici l’hommage de sa mère ? Lire la suite

Banksy et moi, de Elise Fontenaille

Banksy et moi - Elise FontenailleL’appartement de Darwin fait face à un mur. Un grand mur de parpaings, qui met des larmes dans les yeux de sa mère quand elle le regarde. Mais pour lui, ce n’est pas si grave : il a l’habitude, et puis, Darwin aime bien son quartier. Un quartier où les loyers ne cessent de monter, à l’inverse du salaire de ceux qui y vivent, et qui voit régulièrement ses habitants les quitter, escortés par les huissiers ou la police. Heureusement, Darwin, lui, n’a pas d’expulsion à craindre : sa maman est chauffeur de taxi la nuit et, s’ils ne roulent pas sur l’or, ils ont de quoi vivre (en plus, nous explique-t-il, son « proprio n’est pas un requin, c’est rare, mais ça existe »).
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Kodhja, de Thomas Scotto et Régis Lejonc

Kodhja Un jeune garçon pénètre dans Kodhja. Dans cette cité magique, truffée d’épreuves et de mystères, il est guidé par un enfant qui semble en connaître les moindres recoins – et les lui fait tous parcourir. Plus le garçon avance dans cette ville et plus son émerveillement grandi, comme celui du lecteur qui suit ses péripéties, impressionné par d’indescriptibles spectacles de théâtre, une fontaine d’imagination, des tremblements de terre incessants, et autres frayeurs imprévisibles. Mais que fait donc ce jeune garçon dans cette étrange cité labyrinthe ? Il cherche le roi, nous chuchote-t-on à l’oreille, et souhaite atteindre la tour décapité dans laquelle il vit. Pourquoi donc ? s’étonnera-t-on. Pour qu’il lui dévoile son nom.

Le conte de Kodhja est à l’image des dessins qui forment la BD : doux et poétique. Les tons pastel, doux, contribuent à instaurer dans cet album une ambiance difficile à définir – on ressent avec le garçon ses peurs et ses joies. De ce livre se dégage aussi un certain apaisement qui correspond bien  à cette réflexion sur l’art de se découvrir un avenir et de grandir.  Lire la suite